Louis Morissette fait un hommage très touchant à Michel Courtemanche

Un hommage touchant pour un humoriste qu'il ne faut pas oublier

Publié le par Monde de Stars dans Nouvelles
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Michel Courtemanche est monté sur scène pour la dernière fois de sa vie, en juillet 1997. Avant ce moment, l'humoriste qu'on surnommait l'homme qui fait des grimaces, avait tout pour lui. Le succès lui souriait tellement qu'il s'est laissé emporter de son côté obscur.

Ce sont ces événements qui ont marqué sa descente aux enfers qui sont abordés dans la biographie de Michel Courtemanche. À l'occasion de sa sortie, Louis Morissette s'est permis de partager un grand hommage pour l'humoriste.

Il a publié cet émouvant message via son compte Facebook. 

«- Michel, est-ce qu’on a déjà raconté ta vie? As-tu déjà publié une biographie? 

- Non… Pis ça intéressera PERSONNE!!!

- Es-tu fou? 

- Un peu…

- Non, je veux dire, t’es dans le champ! Ton histoire doit être racontée. Ton parcours artistique au Québec, en France, Belgique, Allemagne, tes rencontres avec George Lucas, Gotlib, Jim Carrey et ta descente encore plus rapide que ton ascension… Ta carrière est unique, tragique et grandiose. Moi je veux la lire!

C’est ainsi qu’est née la division ÉDITION du Groupe KO. Parce que je voulais que cette histoire soit racontée, parce que bien avant de devenir un ami, j’étais et suis toujours un fan inconditionnel de Michel Courtemanche.

1990. Centre Culturel de Drummondville. J’ai 17 ans, je suis un amateur d’humour qui ne se doute pas une seule seconde qu’il fera un jour ce métier. J’assiste au spectacle « Un comique est né » de Michel Courtemanche. J’avais vu la bête à la télé dans des galas et des publicités, mais là il était devant moi. Je pleure de rire et me demande « comment il fait? » Il bouge, mime, improvise avec le public, il fait tout bien. La salle est électrique, son charisme immense, son potentiel est infini. Clairement, cet homme avait tout pour lui.

7 ans plus tard, fraîchement sorti de l’Ecole Nationale de l’Humour, je fais mes premiers pas dans ce fantastique métier. Insipré par des comiques comme Deschamps, Lemire et Courtemanche, je tentais de faire ma place. Malheureusement, je n’aurais pas la chance de collaborer avec ce réel monstre de l‘humour car, au moment où je me faisais les dents dans les bars, Michel s’est éjecté du showbusiness. Brûlé, vidé par une vie qui ne se pouvait juste pas, il se retirait avec autant de fracas que son entrée dans la sphère médiatique.

2010. La direction de Radio-Canada m’invite à reprendre les rennes du Bye Bye, deux ans après la déconfiture de 2008. Mon stress est dans le tapis, je ne peux pas me tromper. Je décide de monter l’équipe en laquelle j’avais confiance pour aller à la guerre. J’ai convaincu la charmante Véronique Cloutier(!), la talentueuse Hélène Bourgeois-Leclerc et le versatile Joël Legendre. Avec moi, ce quatuor pouvait se tirer d’affaire, mais j’avais la conviction qu’il manquait un ingrédient. Une folie, une magie, un pétard. Je voulais Michel Courtemanche. Seul pépin, Michel était retiré derrière les caméras comme réalisateur, concepteur, scénariste et avait annoncé ne plus vouloir être devant la caméra puisque le stress le paralysait. J’avais donc un intéressant pitch de vente à faire : il cherche quelque chose de pas trop stressant? M’a lui proposer le Bye Bye!

J’appelle Michel, nerveux comme une adolescente qui appelle le quart arrière de l’équipe de football pour aller au bal des finissants. Après mon plaidoyer et ma sérénade…IL ACCEPTE! J’étais au sommet du bonheur. 20 ans après l’avoir vu en spectacle à Drummond, j’allais travailler avec ce talent brut.

Et c’est à ce moment que nous sommes devenus amis. À écouter ses anecdotes impossibles, à tourner des moments magiques et le voir de mes yeux se rabaisser et s’amener dans une spirale négative sans pouvoir le freiner. Lui répéter: « Michel, ça marche, t’es drôle, reste avec moi ». Rien n’y faisait rien. Il était parti dans sa tête. Le meilleur exemple demeure notre première séance de travail ensemble. Je suis sur le gros nerf de présenter aux interprètes les textes sur lesquels l’équipe d’auteurs a travaillé pendant des semaines. La lecture commence, tout va bien, on rigole et l’ambiance est bonne. Arrive le temps de lire un sketch sur le G7 qui implique une parodie de Nicolas Sarkozy. Je demande à Michel de jouer Sarkozy:

- J’imite pas Sarkozy

- Je sais, on travaillera ça plus tard. Pour l’instant, fais juste lire avec un accent français.

- …

- Un accent français. N’importe quel accent français. 

- …

Il est incapable. Gelé. Pétrifié.

- Michel, t’as travaillé, habité en France, pendant des années. Fais un français… n’importe lequel…

Rien. Et là de me dire « OK… c’est vrai là… y’est bizarre… ». Le soir, nous nous sommes parlés de longues minutes pour calmer le jeu et ramener Michel dans une zone de plaisir. Une fois replacé, il est revenu en grande forme, réussissant quotidiennement à nous épater, me rendre jaloux et me rappeler qu’il y a des choses qui ne s’enseignent pas. Je retrouvais le comique de mon adolescence qui me faisait mourir de rire.

Michel fait partie de ces gens qui ont un don. Cette dose de talent qui en font des artistes et des individus différents. Un génie unique mais lourd à porter. On dit que la ligne est mince entre le génie et la folie. Michel a longtemps valsé entre ces deux pôles, en silence, dans l’intimité.

Avec ce livre qui sort demain, je suis fier de pouvoir remettre de l’avant une carrière inégalée par un comique québécois. Parlons de santé mentale, attaquons-nous à ces préjugés, mais n’oublions jamais l’artiste Michel Courtemanche. Celui qui a fait tomber toutes les barrières, toutes les frontières, à coups de grimaces. 

Michel, merci pour ta confiance. Je t’aime.

Un fan,

Louis»

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Source: FB Louis Morissette · Crédit Photo: EnVedette